Pour des psychothérapies ouvertes et rigoureuses

Le Parlement belge a légiféré sur l’habilitation à l’exercice d’actes psychothérapeutiques. La loi cadre devra être précisée par de nombreux arrêtés d’exécution. Ceux-ci soulèveront encore des débats à propos de la psychothérapie, de sa nature et des exigences de son exercice. Le Manifeste synthétise les conceptions et les positions sur la base desquelles nous contribuerons à un dialogue constructif.

Si l’origine des psychothérapies remonte à l’Antiquité, ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle qu’elles se sont identifiées comme une discipline du champ de la santé. Le XXe siècle restera, dans l’histoire de la psychiatrie et de la psychologie, comme celui de l’avènement de nombreux modèles théoriques et conceptuels, de multiples formes d’intervention. Ceux-ci ont été influencés directement ou indirectement  par  les diverses disciplines psychiatriques et psychologiques mais aussi par les neurosciences, la philosophie, la sociologie,  l’éthologie ou encore l’anthropologie. Parallèlement à l’augmentation de leur pratique, les psychothérapies font l’objet de recherches diversifiées, notamment évaluatives. L’ensemble des acquis constitue un patrimoine à partir duquel se bâtit le devenir de la discipline.

Les psychothérapeutes du XXIe siècle ne peuvent ignorer les différentes conceptions qui traversent la discipline. Face à ce constat, les uns privilégient l’une ou l’autre. De plus en plus nombreux, d’autres s’interrogent, sont à l’écoute de tous les apports et les intègrent dans leurs pratiques. Cette démarche intégrative est prometteuse  pour cette discipline.

L’exercice autonome d’actes psychothérapeutiques ne se limite pas à l’utilisation d’un modèle particulier et l’application de techniques spécifiques de traitement. Il implique un processus décisionnel portant sur l’indication et la pertinence d’un tel traitement, unique ou conjoint à d’autres, puis sur le choix des interventions les plus appropriées pour la personne. Ce jugement clinique postule une capacité de discernement étayée par une maîtrise des apports scientifiques relatifs aux diverses dimensions du fonctionnement psychologique et une connaissance des différentes interventions pluridisciplinaires susceptibles d’être bénéfiques. Il doit être  aussi en conformité avec les prescrits déontologiques (principe de précaution, obligation de moyens, ne pas nuire). Cette capacité de discernement est un prérequis indispensable pour poser des actes avec une sécurité et une efficience optimales.

Les praticiens ne peuvent négliger les connaissances issues des études s’appuyant sur différents critères de validation reconnus par la communauté scientifique (Conseil Supérieur de l’Hygiène, 2005). Ces connaissances, fondées sur des données cliniques ou empiriques, visent à formuler des hypothèses sur les processus responsables des souffrances, des dysfonctionnements et des troubles. Elles débouchent sur le développement de procédures ou d’interventions contribuant à corriger spécifiquement ces processus ou à modifier leurs effets. Leur prise en compte contribue à la qualité des services au citoyen et à la société.

La formation spécialisée en psychothérapie doit favoriser le développement des qualités relationnelles nécessaires à l’alliance thérapeutique. Dans cette perspective, elle  doit amener le futur thérapeute à s’interroger sur son savoir être. Elle doit porter sur l’acquisition de savoirs théoriques et méthodologiques reconnus. Mais, l’art du praticien réside aussi dans le bonheur ou le succès avec lequel il est apte à appliquer ces savoirs aux singularités des souffrances, des dysfonctionnements ou des troubles vécus par chaque sujet dans un contexte particulier de son parcours existentiel. Il doit encore être attentif à l’adaptation de ses interventions face aux problèmes rencontrés au cours de la prise en charge. Enfin, dans l’optique de sa formation continue, il doit être familiarisé à l’analyse critique et à la synthèse des apports constants de la recherche. Ces exigences sont incontournables pour rencontrer les demandes sociétales et les attentes des usagers.

Les instituts de formation doivent offrir un cursus rigoureux, exigeant et transparent. Celui-ci doit être aisément contrôlable par une instance d’accréditation non soumise à d’éventuels conflits d’intérêts. L’autorité publique qui confère l’habilitation à l’exercice d’actes psychothérapeutiques doit y être particulièrement vigilante.

Comme toutes les disciplines, celle des psychothérapies poursuivra son évolution. Celle-ci ne pourra être reconnue que si l’organe régulateur créé par la loi regroupe tous les acteurs concernés: professionnels, académiques et scientifiques. Dans une société démocratique, la validation publique des «savoirs» doit aussi s’appuyer sur les recommandations d’institutions qui disposent des moyens et de l’indispensable indépendance pour mener à bien une telle mission.

 

Compte tenu des dispositions de la loi cadre et en préparation des futurs arrêtés d’exécution, les actions de la plateforme se concentreront sur:

  1. la composition du Conseil fédéral de la psychothérapie, en veillant tout particulièrement aux éventuels conflits d’intérêts, à la représentation équilibrée de tous les acteurs concernés, en particulier celle des universités et des médecins psychiatres ;
  2. la sélection rationnelle des diplômes de base éligibles à la formation en psychothérapie;
  3. les modalités et le contenu des prérequis qui devront contribuer concrètement à la capacité de discernement et au jugement clinique;
  4. la reconnaissance par les autorités publiques des psychothérapeutes rigoureusement formés qui ne s’inscrivent pas dans les courants mentionnés par la loi et ce, tant au niveau de l’habilitation que du Conseil fédéral de la psychothérapie.

 

Votre adhésion et votre soutien nous conforteront dans ces actions.